« Shetland Island » grand large

 

   Situées au large de l’Ecosse, les îles Shetland sont constamment battues par le vent.

  La mer souvent forte vient frapper les rochers et les averses sont régulières. Autant dire que toutes ces conditions ne favorisent pas le travail du preneur de son qui, sous une bâche entre deux éclaircies – ou plutôt deux averses – attend le passage de la fameuse loutre…
Mais les Shetlands sont aussi un sanctuaire pour la faune marine.
Un jour d’août, par mer calme, le « pirate des mers » (le Grand Labbe) longe la côte paisiblement, provocant à chaque fois la panique : un Chevalier gambette est effrayé, un petit groupe de Tournepierres s’envole, une Sterne arctique alarme, tandis qu’un Fou de Bassan plonge un peu plus loin et, pour finir, un petit rorqual vient s’oxygéner à quelques mètres de là…
Entre deux falaises, on trouve parfois une petite plage. Le ruisseau qui arrive d’un loch situé un peu plus haut et qui traverse l’épaisse couche de tourbe, colore la mer en rouge. Un couple de Grand Corbeau niche sur ce secteur.
En mai, alors que la nuit ne tombe jamais vraiment, dans une crique, des Pétrels fulmars et des Guillemots à miroir se reposent sur leurs nids : il est 23 heures.
C’est dans ce genre de crique que la mer à marée basse dévoile des failles ouvrant la porte d’une grotte…
À propos de la loutre, je préfère ne rien vous en dire et vous invite à vous rendre sur place armés d’un peu de patience et surtout d’un bon équipement contre la pluie ainsi que d’un bon insecticide en été.

       Boris JOLLIVET (contact : nature.sonore@wanadoo.fr)

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Aquacoustique

 

   Je ne pouvais imaginer en allant tester un Hydrophone B&K dans une petite rivière du Bois de Vincennes – poumon vert à l’est de Paris – ce qui m’attendait dans cette eau transparente ou balance une végétation aquatique relativement dense.
Les grésillements des Punaises aquatiques me sont bien connus car émis et perceptibles au bord de l’eau mais, aujourd’hui, ce sont des sons inconnus émis sous l’eau qui relancent ma passion de collecteur de sons.
Cette séquence de 8 minutes se présente comme une pièce sonore monophonique. Elle témoigne des sons surprenants que j’ai pu enregistrer dans l’eau de cette petite rivière sur une cinquantaine de mètres de son cours.
Impossible de voir les divers auteurs de ces grésillements, croassements et vibrations. J’ai mixé tous ces sons inconnus pour le simple plaisir de l’oreille.
L’identification des espèces et le message bioacoustique qu’ils délivrent seront sans doute révélés un peu plus tard grâce au travail des chercheurs et des naturalistes que l’écoute de cette pièce incitera à se pencher sur le bord de leur propre rivière dans l’espoir de découvrir la bestiole (insecte, poisson ou autre) à l’origine de ces messages aquatiques.

       Fernand DEROUSSEN

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Le rêve de la Cicindèle

   Forêt de Sivens (81) – 20 mai 2005.

Les « Rencontres Musique – Quotidien – Sonore » d’Albi sont une des rares occasions de confronter les différentes approches sonores de musiciens, plasticiens du son mais aussi de naturalistes. Dans ce cadre Sonatura animait une sortie en forêt, accompagné de deux musiciens improvisateurs. La ballade de repérage fut le théâtre de la découverte d’une Cicindèle champêtre (Cicindela campestris), petit insecte chasseur aux réactions et déplacements rapides. Ce « concert », comme on n’en avait jamais entendu de mémoire de Cicindèle, lui fût consacré.

Remerciements à Sébastien Cirotteau (http://s.cirotteau.info/) et à Mazen Kerbaj pour leur participation et leur autorisation à la publication de cette pièce que je leur dédie, ainsi qu'au GMEA (http://www.gmea.net ) organisateur de ces rencontres.

       Philippe VUILLAUME

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Vert / brun / gris

   Les musiciens avec lesquels je compose, je les appelle mes bestioles, un mot affectueux parce que je les aime ces êtres attendrissants qui grognent, gémissent, gazouillent, grattent, sifflent, chantent, grésillent, stridulent,… à perdre haleine. Pour les écouter, on n’est pas obligé de faire un long voyage : ils sont chez eux dans la forêt près de chez nous. En composant avec les chants des insectes, des oiseaux, des batraciens, des mammifères de tous poils, je recherche les liens qui nous unissent à eux depuis le tonnerre du Big Bang jusqu’aux frémissements de l’amour. De lémurien en capricorne, de fauvette en crapaud accoucheur, je vais de surprise en surprise ; je joue avec eux, je chante avec eux ; la musique qui en découle alors est parfois étrange, mais jamais étrangère à nos oreilles.

"Vert / brun / gris" est une valse chantée par un alyte (le crapaud bon mari et bon père), des grillons et une huppe fasciée.

       Jean POINSIGNON

 

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La région du lac Inari

   Du 14 au 16 juin

Nous sommes au cœur du pays lapon. Le jour perpétuel et la grisaille contribuent à un sentiment étrange : une vaine tentative de nuit. La forêt porte les traces de son exploitation, les sous-bois sont tapissés d’airelles ayant passé l’hiver sous la neige : les préférées des ours !

1 – Le solitaire de la forêt :
Le chant du Pinson du Nord (Fringilla montifringilla) vibre, il est le témoignage de la solitude de la forêt boréale au printemps. L'alarme générale est un cri de moineau interrogatif entendu aussi en hiver. Prés du nid une note appuyée se joint à la précédente.
2 – Nichée affamée :
Les Cris des passereaux nous ont signalé la présence d'une nichée de Chouette épervière (Surnia ulula). Les trois jeunes sont nourris régulièrement par les parents aux cris diversifiés (en fin chant lointain du mâle).
3 – Habitant des vieux troncs :
Deux petits tambourinages puis cris d'inquiétude d'un mâle de Pic tridactyle (Picoides tridactylus) sur les troncs décharnés de vieux pins. En arrière plan cris prés du nid d'un Pinson du Nord.
4 – Trille en bande :
La vibration métallique du Jaseur boréal (Bombycilla garrulus) est fréquente dans la forêt où il se déplace en bande. Nous entendrons cette sonorité un peu partout en forêt, et quel plaisir que celui de l'observation visuelle.
5 – Prés du nid :
Un couple de Mésange lapone (Parus cinctus) a élu domicile dans une cavité d'un pin laissé au milieu d'une coupe forestière. Pas de chant mais des cris, c'est la pleine saison de nourrissage.

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La vallée de la rivière Hana (Hanadalen)

   Du 16 au 18 juin

Première étape norvégienne. Le long de la rivière Hana s’étend la forêt boréale de saules, de bouleaux et de genévriers. Les traces d’élans sont nombreuses, quelques fleurs commencent à sortir (myosotis et minuscules pensées) et les feuilles des arbres ont à peine une semaine.

6 – A gorge déployée :
Jean-Louis va passer deux jours à approcher et comprendre la Gorge-bleue à miroir roux (Luscinia svecica svecica) avant d'enregistrer son chant sur son perchoir préféré (quelle patience).
7 – Dans les bouleaux :
La forêt de bouleaux resplendit d'un vert tendre. Un Pipit des arbres (Anthus trivialis) lance invariablement sa phrase qui semble rebondir comme une bille, parfois il s'envole pour effectuer son vol parachuté.
8 – Ambiance prés de l'aire :
Un couple de Faucon émerillon (Falco columbarius) a installé son aire prés d'une colonie de Grive litorne sur un coteau de colline boisée. Les retours de chasse sont toujours très bruyants.
9 – Cohabitation :
A chaque retour ou passage des Faucons, les Grives litornes (Turdus pilaris) alarment sur ces voisins indésirables.
10 – Flammèche en vol :
Survolant la maigre forêt de bouleaux, les flammèches rougeâtres des Sizerins flammés (Carduelis flammea) passent en vol nerveux et bruyant : la saison de nidification s'annonce.
11 – Ritournelle :
La Grive mauvis (Turdus iliacus) est très sonore et son chant peu mélodieux est un mélange de sifflet puissant et de babille disgracieux. Il sera de presque tous nos lieux de bivouac.

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Le lac Oarddo (Oarddojavri) et la toundra

   Du 18 au 20 juin

Au pied de la colline, le lac entouré de tourbières et de mousses reflète comme un miroir le paysage alentour. Le soleil brille continuellement et l’activité des oiseaux ne cesse jamais.

12 – L'oiseau à gorge rousse :
Nous sommes enfin dans la toundra, le Pipit à gorge rousse (Anthus cervinus) est un rêve pour l'ornitho-voyageur du Grand Nord. Son chant se caractérise par ses phrases hésitantes qui semblent parfois s'interromprent.
13 – Prés du lac :
Le Chevalier sylvain (Tringa glareola), la Sterne arctique (Sterna paradisaea), le Pipit farlouse (Anthus pratensis) et le Bruant lapon (Calcarius lapponicus) composent ce moment sonore au bord du lac de Oarddojavri.
14 – Le canard vagabond :
Une Harelde boréale (Clangula hyemalis) fait des aller et retour au bord de la rivière qui s'échappe du lac, parades et recherches d'un lieu tranquille pour le nid justifient cette activité.
15 – Temminck et catmarin :
Toujours sur le même bord de rivière tumultueuse, un Pipit à gorge rousse puis la trille discrète en vague d'un Bécasseau de Temminck (Calidris temminckii) et en fin le survol d'un Plongeon catmarin (Gavia stellata).

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Le lac Oarddo (Oarddojavri) et le plateau du Varanger

   Du 18 au 20 juin

Le plateau du Varanger sur fond gris de roches et de lichens porte les dernières traces de neige balayées par le vent. C’est le désert des Lapons.

16 – Chant dans le ciel :
Le plateau du Varanger s'étend à perte de vue il est couvert de lichens, mousses et névés qui résistent au soleil estival. Dans le ciel limpide une Alouette haussecol (Eremophila alpestris) presque invisible lance sa ritournelle accessible uniquement à la parabole.
17 – Chant sur la neige :
Le Bruant des neiges (Plectrophenax nivalis) est présent sur les zones dénudées et rocheuses, là où la neige semble résister au soleil qui est continu en cette saison. Remarquez l'étonnante ressemblance avec le chant de l'Alouette haussecol.
18 – Chant de la toundra :
Le Bruant lapon (Calcarius lapponicus) est présent prés des villages et habitations et zones à végétation herbeuse de pâturage des rennes. Son chant, émis posé ou en vol, est d'une étonnante fluidité et douceur. Quelques doux cris d'alarmes interrogatifs signalent la nichée proche.
19 – Le cousin blanchâtre :
Une bande de Sizerin blanchâtre (Carduelis hornemanni) survole la toundra papillonnant des ailes, la distinction avec son cousin le flammé est délicate, trille plus aiguë et identification visuelle indispensable. Il semble se contenter de végétation arbustive basse.

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Vardø et l’île d’Hornöye

   Le 23 juin

Vardø : l’île (maintenant reliée par un tunnel) d’où partit l’expédition polaire de Fridtjof Nansen à bord du Fråm. Sa statue trône près du port. A quelques encablures, deux îles dont une est accessible : Hornöye. Magie de l’ambiance des falaises couvertes de milliers d’oiseaux. Sur les 6 espèces d’alcidés d’Europe, 5 sont présentent ici : Guillemots de Troïl (Uria aalge), Guillemots de Brünnich (Uria lomvia), Guillemot à miroir (Cepphus grylle), Macareux moine (Fratercula artica) et Pingouin torda (Alca torda).

 

23 – Ambiance de l'île d'Hornöye :
Changement de milieu. L'île d'Hornöye se dresse face à l'Océan Arctique. C'est une réserve naturelle, refuge d'immenses colonies de Mouettes tridactyles (Rissa tridactyla), de Guillemots de Troïl (Uria aalge) et de Brünnich (Uria lomvia) aux rires sourds et graves.
24 – Colonie de goélands :
Au sommet de l'île, Goéland argenté (Larus argentatus) et Goéland marin (Larus marinus) nichent en colonies dominantes.
25 – Étrange cri chez les guillemots :
Un son étrange parvient au visiteur des rochers du rivage, un signal aigu et électrique qui ressort du fouillis sonore des Mouettes : c'est l'appel du Guillemot à miroir (Cepphus grylle).

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Persfjord (Vesterelva) sur l’Océan Glacial Arctique

   Du 21 au 23 juin

Au nord il n’y a plus que la mer, l’Océan Glacial Arctique vers l’Ultima Thulé, royaume envoûtant et inaccessible des oiseaux marins.
Les côtes découpées, battues par les vents et les flots, nous indiquent que nous sommes arrivés au bout du monde.

20 – Parade et alarme d'un parasite :
Les grands espaces balayés par le vent, ponctués de petits lacs à peine dégelés sont les lieux où s'installent le Labbe parasite (Stercorarius parasiticus). Au passage d'un Pygargue à queue blanche, un adulte attaque le rapace cinq fois plus gros que lui.
21 – Dame Renard :
Les mammifères en dehors des Rennes sont peux communs et la présence d'une renarde qui alarme prés du terrier pour avertir les jeunes est un événement.
22 – Le cousin à longue queue :
Le Labbe à longue queue (Stercorarius longicaudus) est gracieux et élancé avec ses longs filets caudaux. Présent en colonies éparses, son appel est aigu presque miaulé et la traversé d'un territoire fait l'objet d'invectives et de survols becs et pattes déployées.

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