Sur l’autre versant, au bas du doux vallonnement de la colline, s’étale paresseusement le petit étang, et sa roselière (23). Les Rousserolles effarvattes et turdoïdes s’y activent, ainsi que Rainettes vertes et Grenouilles rieuses. Au-dessus, les Coucous gris sont à la fête, attirés par tous ces nids dans lesquels pourront pondre leurs femelles: les petites Rousserolles n’auront plus qu’à couver et élever un monstre. Quelques Glaréoles à collier chassent dans la prairie (24). Un Chevreuil a peur de son ombre et part, effarouché (25). L’approche de l’orage réveille le concert des Crapauds sonneurs à ventre de feu (26). Le Bihoreau gris qui traverse (27) a de quoi se nourrir: ce ne sont pas les batraciens qui manquent. (Glareola pratincola, Bombina bombina, Nycticorax nycticorax)
La Pie grièche à poitrine rose, quasi inexistante en France, est assez courante en Europe balkanique. Un couple préparait sagement son nid dans un Peuplier tremble, ces peupliers dont les feuilles font un vacarme champêtre et infernal au moindre souffle d’air; un bonheur pour le preneur de sons ! La belle doit être séduisante car un second mâle n’hésite pas à agresser le couple. S’en suivent, à grands cris, des poursuites et de violentes batailles dans le ciel (28), cris monosyllabiques ou cris de combat sur trois notes. Dans les brefs instants de répit que lui laisse son concurrent, l’heureux élu revient babiller auprès de sa femelle qui attend patiemment la fin de la joute. Un Bruant mélanocéphale lance quelques strophes au loin (29), une Bergeronnette printanière explore les bords du chemin (30), une Fauvette grisette virevolte dans les bosquets (31). (Lanius minor, Emberiza melanocephala, Motacilla flava, Sylvia communis)
Le plateau steppique qui domine la mer et se prolonge par le Cap Kaliakra est resté bien préservé des activités humaines. Cela lui vaut une belle richesse floristique et une abondante avifaune. Nous ne savons où donner du micro et nous n’aurons qu’un trop bref aperçu. Hirondelle rousseline, Bruant mélanocéphale, Hypolaïs pâle sont vers la limite de leur répartition d’été. Une Hirondelle rousseline va et vient devant les micros pour aller à son nid, au plafond d’un cabanon abandonné (32-35-37). Voici les huit notes du Bruant mélanocéphale, que nous avons déjà rencontré car il est bien représenté dans la région (33). Petit oiseau grisâtre, l’Hypolaïs pâle (de la race orientale) niche dans les buissons où il passerait bien inaperçu s’il ne chantait sans cesse sa petite ritournelle (34-36). Une Fauvette babillarde vient voir, chante trois petites fois, et puis s’en va (38). Une Rousserolle verderolle invente pour nous toute une richesse de gazouillis (39). Autour de nous, Alouettes, Bruant proyer, Loriot, Coucou, Tourterelle turque, Huppe fasciée, Chardonneret élégant … nous donnent envie d’en connaître plus. (Hirundo daurica, Emberiza melanocephala, Hippolais pallida elaeica, Sylvia curruca, Acrocephalus palustris)
Entaillée dans la falaise, un peu au nord du Cap Kaliakra, la petite vallée de Bolata est une zone humide providentielle. Paradoxalement, dans le calme de la soirée, au-dessus des batraciens et Rousserolles, la première espèce rencontrée est une Hypolaïs des oliviers, plus habituelle adepte de milieux secs du sud-est méditerranéen (40-43). Après le chant d’un Bruant proyer, une Rousserolle turdoïde s’accroche au sommet d’un roseau, près de nous, puis, au dessus, un Pic syriaque visite quelques grands arbres morts (41). Comme un peu partout dans cette région, le Bruant proyer est omniprésent (42). Un Grand-duc d’Europe quitte la falaise pour partir en chasse et un Bihoreau gris traverse la vallée (44). Avec la fraîcheur du soir, les batraciens s’éveillent, ainsi qu’un Blongios nain dont on reconnaît les appels, “rrouor-rrouor“ régulièrement répétés (45). Comme une soudaine vague de fond, le chœur des Rainettes, Grenouilles, surtout rieuses, envahit la vallée et s’éteint … jusqu’à la prochaine vague. (Hippolais olivetorum, Dendrocopos syriacus, Miliaria calandra, Bubo bubo, Nycticorax nycticorax, Ixobrychus minutus)
Dès l’entrée dans ce bois d’acacias, des Moineaux espagnols, fort nombreux, nous accueillent (46). Ils ont emménagé dans la base des nids de Faucon kobez installés en colonie d’une trentaine de couples, dans les hautes branches. Bien d’autres espèces se partagent le bois: Loriots, Coucous, Tourterelle des bois… . Les Faucons kobez aimeraient mener, là, une vie tranquille (47). Ce serait sans compter avec la visite de Corneilles noires qui considèrent la colonie comme un garde-manger providentiel: il n’est qu’à plonger pour cueillir œuf ou poussin (48). Les Faucons, affolés, volent en tous sens et crient, sans défense efficace. Combien de jeunes Kobez s’envoleront-ils cette année? Sur le même site, l’année suivante, nous n’avons trouvé aucun Faucon. Indifférents au drame, les Moineaux espagnols, vaquent à leurs occupations. (Passer hispaniolensis, Falco vespertinus, Corvus corone)
Le Pélican frisé est inscrit sur la liste des “Espèces menacées”. La population mondiale est estimée à 4 000 à 5 000 couples nicheurs, dont un tiers se reproduit, en colonie, dans l’est de l’Europe, du Monté Négro jusqu’à la Russie. La colonie du lac danubien de Srebarna, connue depuis le XIXème siècle, a été instituée “réserve intégrale” depuis près de soixante ans, pour protéger cet unique site de reproduction de Pélicans frisés en Bulgarie. La Réserve est aujourd’hui classée par l’UNESCO “Patrimoine mondial et Réserve de Biosphère”, placée sous le plus haut degré de protection. La colonie est installée en bord d’une zone d’eau libre, au cœur d’une grande île flottante, constituée, au fil des siècles, de roseaux qui prennent racines dans le substrat en décomposition. La Fondation Le Balkan-Bulgaria, à qui la gestion de la colonie a été confiée depuis quinze ans, a fait de nombreux aménagements afin de sécuriser la reproduction et a construit un observatoire, d’accès complètement camouflé, qui permet un suivi scientifique. Avec l’autorisation exceptionnelle du Ministère de l’Environnement et des Eaux bulgare, pour une seule personne, André a pu enregistrer, pour la première fois les émissions sonores d’une colonie.
Les Pélicans frisés m’ont admis à partager quelques moments de la vie ordinaire de leur colonie, pour peu que je reste discret (49). Le privilège est rare (et c’est peut-être la première fois que des émissions sonores sont enregistrées au sein d’une telle colonie). Cette année 2000, une centaine de couples occupent le site. Le printemps a été médiocre aussi pontes et naissances sont très étalées dans le temps. Les 14 et 15 mai, lors de notre passage, certains nids sont encore couvés tandis qu’à côté, des jeunes de plusieurs semaines sont déjà bien costauds. Les parents qui se relaient pour couver ne sont guère bruyants. Il n’en est pas de même des jeunes quémandeurs et des adultes qui vont et viennent pour les nourrir. S’il est spectaculaire de voir un jeune plonger complètement la tête dans le fond du gosier d’un adulte qui lui régurgite sa pitance, il est impossible, dans cet enregistrement, de décrire des comportements sonores individuels tant la multitude des actions simultanées est grande. Au moins un évènement sonore est clairement identifiable: cette grande rumeur qui, de temps à autre, soulève toute la colonie. C’est une histoire de Pélican blanc ! Pélicans frisés (Pelecanus crispus) et Pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus), espèces différentes, cohabitent peu. Cette année 2000 les “frisés“ n’ont admis qu’un seul couple de “blanc“ qui couve sagement au beau milieu de la colonie. Tout autre “blanc“ est indésirable. Qu’un autre Pélican blanc descende, plane et se pose sur l’eau devant la colonie, il est aussitôt accueilli par cette grande rumeur de désapprobation générale. Le “blanc“, sans émission vocale, doit repartir aussitôt. On n’entend que ses palmes qui pédalent dans l’eau pour reprendre de la vitesse et ses battements d’ailes. La colonie de “frisés“ reprend sa vie et son calme. D’autres habitants s’activent, cachés dans les roseaux: une Poule d’eau (50-51), des Grenouilles rieuses (53) qui soudain se manifestent. La Locustelle luscinioïde vient se faire reconnaître (55). En fait elle demeure à côté et son chant, interminable “stridulation“, s’entend presque tout au long de la plage. Des Sternes pierregarin puis des Guifettes moustac (52), à moins que ce ne soit l’inverse (54), survolent le site. Un Blongios nain alarme (56), soudain dérangé dans sa sieste. Et la vie continue. Les jeunes apprendront à pêcher et prendront des forces pour la migration d’automne. À l’année prochaine ! (Pelecanus crispus, Locustella luscinioides, Gallinula chloropus, Chlidonias hybridus, Sterna hirundo, Ixobrychus minutus, Rana ridibunda)
Le soleil mûrit sur les prairies entourant Thorame-Basse. L’herbe se met maintenant à claquer, à crépiter, à vrombir de manière spectaculaire. Les Éphippigères terrestres (Ephippiger terrestris) et les Dectiques verrucivores (Decticus verrucivorus) ont atteint leur plein niveau d’activité… À cette heure tardive de la matinée, leurs faisceaux sonores sont véritablement assourdissants.
Comme son nom l’indique c’est le rythme bourdonnant de sa stridulation sur trois à quatre strophes qui se suivent qui lui ont valu son nom. Inféodé aux milieux secs de moyenne altitude, sa présence à Thorame nous est familière.
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