N’ayant pu profiter ce week-end de l’incroyable silence du à l’absence d’avions (cloués au sol par le nuage de cendres), j’avais décidé de me rattraper, en laissant du matériel dans la voiture et en faisant un saut en forêt ce soir après le travail.
Pensez donc : pas d’avion, peu de trains (en grève) et une circulation réduite en période de vacances !!!!
… et pourtant ….
S’il faut faire des sacrifices humains au volcan du glacier Eyjafjallajokull afin qu’une telle situation avec de telles conditions de « silence » puisse se reproduire un jour, j’ai des propositions !
Ilomantsi, Finlande, 1er juin 2009, vers 6 h du matin.
La Rousserolle des buissons (Acrocephalus dumetorum) est un migrateur asiatique dont les sites de nidification n’existent en Europe que dans la partie nord-orientale. Elle a la réputation bien méritée d’être un des meilleurs passereaux chanteurs et s’illustre également par ses talents pour l’imitation. Nous avons eu la chance d’être présents à l’apogée des chants des mâles, ce qui nous a permis de les enregistrer longuement, même après le lever du soleil. Au moins deux chanteurs avaient établi leurs postes de chant dans une culture de groseilliers, en lisière d’un petit bois de feuillus, à proximité d’une ferme. Ils alternaient entre des positions bien en évidence sur les rameaux supérieurs ou, au contraire, totalement dissimulés dans le fouillis végétal. Les phases de chant de quelques minutes étaient entrecoupées de brèves absences à proximité. L’intensité des chants était très dépendante, d’un jour à l’autre, de la température particulièrement variable cette année. L’oiseau enregistré a chanté 12 minutes d’affilée.
Jean-Louis SICAUD
Matériel utilisé : Zoom H2 dans parabole Telinga. Aucun filtrage.
Pays des Couzes, juin 2004. J’ai suivi des amis pour une promenade sur la colline. Parmi les buissons épars de ce dôme champêtre, des églantiers vrombissement d’un bourdonnement sourd… À peine visibles dans le crépuscule, des nuées de hannetons de la St Jean, (Amphimiallon solstitiale) tournoient dans un balai aérien désordonné tandis qu’en arrière-plan, le concert de Grillons champêtres (Gryllus campestris), le chant d’une Caille des blés (Coturnix coturnix) et d’une Hulotte (Strix aluco) ponctuent le paysage sonore de cette tiède soirée
Un bouquet d’insectes butineurs, 10 juillet 2009. Dans un hameau des Cévennes méridionales, dans la chaleur de midi soulignée par les cigales, une nuée d’insectes pollinisateurs, abeilles, bourdons, se concentrent sur une botte épanouie de lavande en fleur. Parmi eux, les Morosphinx (Macroglossum stellatarum), de curieux lépidoptères au vol stationnaire et agile rappelant ceux des colibris, déploient infatigablement leurs trompes d’épis en épis en vrombissant.
Olivier NAMBLARD
Matériel utilisé : enregistreur Sony PCM-D50, pré-amplificateurs SoundDevices, couple de microphones MKH-20.
Parc de Frontenac, Québec, 10 juin 2008. La chaleur a fait son œuvre durant toute la journée. Moiteur de l’air et cumul de gros nuages. Il est 18 h et après quelques coups de tonnerre secs, l’orage s’installe. Le fond sonore en ce début juin est empli du chant des rainettes crucifères (Hyla crucifer), avec ça et là, quelques chants des grenouilles vertes américaines (Rana clamitans). Bientôt le vent va souffler en bourrasques et la pluie tomber en cordes, mais là, malheureusement, impossible de laisser les micros dehors. Je vis alors des moments apocalyptiques que j’observe en sécurité de l’intérieur de la voiture. La photo est l’exact lieu où j’ai pu enregistrer cette ambiance (avant l’orage).
Début septembre, dans le Parc National des Cévennes. Une balade dans les steppes arides et ventées du Causse Méjean, bordure sud-est, sous l’emprise magnétique du Mont Aigoual. 00’00” > 01’45” : Milieu de matinée. Dans les bouquets de graminées et de chardons épargnés par les faucheurs, les insectes chanteurs se réveillent. Parmi eux, le magnifique Dectique des brandes (Gampsocleis glabra). Autrefois répandu dans une bonne partie du pays, sa stridulation puissante et continue ne s’entend plus aujourd’hui que sur quelques pelouses et landes méridionales. 01’45” > 02’45” : Vers 11h, les premiers vents thermiques fouillent les herbes sèches. Les éphippigères des vignes (Ephippiger ephippiger) et les criquets mélodieux (Chorthippus biguttulus) entament leurs congrès. Quelques craves à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax) tournoient au-dessus d’une prairie fauchée, sans doute dans l’espoir d’y trouver leur pitance. Plus haut dans le ciel, une grappe de vautours fauves, ailes étalées, s’élève vers l’infini. 02’45” > 03’45” : Treize heures. Le vent s’est calmé ; la chaleur devient suffocante. À cette heure de la journée, le dessein des oiseaux consiste à gagner les points d’eau pour s’abreuver. Après un été particulièrement aride, ils sont devenus très rares sur le causse. Une pie bavarde (Pica pica) et un grand corbeau (Corvux corax) marquent une pose sur un abreuvoir isolé avant de se ressaisir. Nombre de petits passereaux côtoient également les lieux. Les buissons d’épineux tout proches leur servent de refuge au moindre mouvement suspect. 03’45” > 05’15” : Alors que de petits foyers orageux mûrissent au-dessus de la Jonte, les stridulations de quelques criquets bourdonneurs (Stenobothrus nigromaculatus) et d’un arcyptère caussignarde (Arcyptera carpentieri) animent l’herbe rase encore baignée de soleil. Les criquets des grouettes (Omocestus petraeus), quant à eux, restent arrimés aux dolomies ruiniformes. 05’15 > fin : À la tombée de la nuit, un troupeau de brebis regagne la bergerie dans des sonnailles de fer et de pierre, laissant derrière lui un délice d’impressions olfactives. Les frênes bordant le chemin sont constellés de grandes sauterelles vertes (Tettigonia viridissima). Une decticelle échassière (Metrioptera sepium) démarre dans un fouillis de ronces (apparition à 06’15’’). Les premiers grillons italiens (Oecanthus pellucens) la suivent de près alors que la nuit caussenarde avale avec délectation les dernières lueurs du jour.
Marc NAMBLARD
Un grand merci à M. Yves Maurin, agriculteur dans le hameau de Villeneuve (Vébron, 48), pour m’avoir aimablement autorisé à l’enregistrer avec son troupeau de brebis, à maintes reprises.
En cette mi-journée, un vent violent balaie le “Désert” où paissent les célèbres “Aubrac”. A quelques pas du Chemin de St Jacques (GR 65), sur le bord d’un sentier dépourvu d’arbre, les silènes enflés entament une douce percussion…
Polder de Sébastopol sur l'ile de Noirmoutier le lundi 30 avril 2007, Vendée.
Juste après le Gois qui relie l’île de Noirmoutier au continent, se trouve le polder de Sébastopol (Zone d’Intérêt Écologique, Floristique et Faunistique). À cet endroit nichent, entre autres, des mouettes rieuses, des sternes caugek et des avocettes élégantes. Au milieu de ces colonies bruyantes que survolent les courlis, un chevalier gambette (Tringa totanus) parade.
Philippe VUILLAUME
Matériel utilisé : couple de micros cardioïdes (Sennheiser K6 + capsules ME 64) en ‘ORTF’ et MiniDisc (SHARP MD-MT190).
Loin du chant expressif et enjoué de ses cousines effarvatte et verderolle, celui de la Rousserolle turdoïde reste posé, puissant, la force tranquille si l’on peut dire ! Nous avons eu le plaisir de la capter dans de très bonnes circonstances : en effet, un petit bois bordant la roselière a permis par l’écho qu’il engendrait d’ajouter une sorte de profondeur, un petit supplément d’âme aux sonorités à vrai dire un peu … “rudes” de la belle ! Avec en arrière plan toute la vie sonore de ce marais lorrain…
Antoine GRIBOVAL
Matériel utilisé : Micro et parabole Telinga, Mixpre, Zoom H2.
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