La prise de son dans la nature : un jeu d’enfant ?

Peut-on obtenir de bons enregistrements d’oiseaux sans sortir la “grosse artillerie”, c’est-à-dire sans utiliser de réflecteur parabolique ? Un outil pratique certes, car il permet d’amplifier les sons d’oiseaux peu “accessibles” à l’observateur (oiseaux trop loin, trop haut perchés ou trop farouches), mais encombrant et coûteux.

Et pourquoi pas, sans aller très loin et sans se rendre dans un endroit bardé de protections (réserve, parc naturel ou site classé). Bref, en profitant de ce qu’on a sous les yeux et à portée d’oreilles : les oiseaux de son jardin.

L’enregistrement de solistes en “mono”

À défaut de pouvoir placer un micro tout près de la source sonore, on peut utiliser un micro-canon qui, en nous offrant une bonne directivité, nous permet de réduire les sons d’ambiance et de nous focaliser sur l’un ou l’autre soliste. Dans son jardin, on a bien sûr intérêt à privilégier le dimanche matin, quand il y a moins de bruits de circulation et de voisinage. Tôt le matin, le vent, en général, est aussi moins fort.

Clipsé dans une suspension élastique, un tel micro (par exemple, un Sennheiser ME 67) peut être placé sur une crosse utilisée pour la chasse photographique. Ce dispositif facilite tout à la fois sa prise en main (la crosse comporte aussi une allonge munie d’une butée que l’on peur caler dans le creux de l’épaule) et la visée … même par un enfant (voir schéma ci-dessous). Pour affiner la visée, et contrôler l’enregistrement, il est cependant nécessaire d’utiliser un casque d’écoute.
microcanon_xm.jpg
Voici un exemple d’enregistrement obtenu à l’aide de ce petit montage, à moins d’une dizaine de mètres d’une Mésange charbonnière.

L’oiseau est perché dans une haie d’aubépines et comme les feuilles débourrent à peine, il est possible de bien le viser.

A première écoute, cette séquence n’a rien de particulier : une phrase dissylabique “tî-pi”, “tî-pi”,… , tout à fait banale.

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Chant de Mésange charbonnière Parus major. Amay (B), 23 avril 2006. Echelle verticale : fréquence en kilohertz; échelle horizontale : temps en secondes.

Le sonagramme, par contre, met bien en évidence la succession des harmoniques et permet de remarquer certains détails. Ceux-ci nous réservent une surprise, car ils suggèrent que l’oiseau chante sa première note à deux voix. Le “tî” est en effet une syllabe complexe : vers 4200 Hertz, elle présente un son fondamental (voir la première note du troisième motif) qui apparaît sous forme d’un trait assez régulier et de fréquence assez constante, surmonté d’un tracé triple dont la fréquence décroît. L’éthologiste Gerhard Thielcke (1976) a déjà publié un sonagramme d’un chant de ce type, que l’on n’entendrait qu’au début du printemps, et qu’il qualifie de “compressed song“. Ici, on a l’image et le son. Cette production simultanée de sons différents est explicable : chez différentes espèces d’oiseaux, la syrinx gauche et la syrinx droite peuvent fonctionner indépendamment l’une de l’autre et permettre ainsi le chant à deux voix (Leroy 1979).

Mais pour mettre en évidence ces détails de structure, il faut sans doute que l’oiseau soit bien dans l’axe du micro et qu’il ne tourne pas trop souvent la tête … Ces détails, en effet, n’apparaissent pas sur tous les tracés.

La prise de son stéréophonique

Avec deux microphones, un pied d’appareil photo, sur lequel on peut les fixer, et quelques mètres de câble, on peut passer à la stéréo (par ex. la séquence 5 sur le CD 8 de Sonatura). Mais, en fonction de la scène sonore que l’on veut enregistrer, il convient de choisir et de disposer judicieusement ses micros. Pour obtenir une image sonore bien fournie, l’angle entre ces derniers est très important. Il dépend de la position des différents chanteurs, de la distance entre le couple de micros et la scène à capter … et d’éventuels bruits indésirables. Pour approfondir ce sujet, le preneur de sons débutant consultera avec intérêt quelques articles ou quelques livres plus techniques.

Pour en savoir plus :

- Hugonnet C. & Walder, P. 1995. Théorie et pratique de la prise de son stéréophonique. Éditions Eyrolles, Paris.

- Leroy Y : 1979. L’univers sonore animal. Gauthier-Villars.

- Sicaud J.-L. 2001. Le choix des microphones en prise de son stéréophonique. L’Oiseau Musicien 23 : 9 – 20.

- Thielcke G. 1976. Birds Sounds. Ann Arbor, University of Michigan Press.

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Une réponse à La prise de son dans la nature : un jeu d’enfant ?

  1. Rachid MESTIRI dit :

    Merci. Je sais maintenant mettre un nom sur un son, le chant de la mésange qui ne fait pas cui-cui mais qui “zinzinbule”

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