Variations sur le thème du Pinson (Fringilla coelebs)

 

Pinson_Antoine-GRIBOVAL

Le phénomène des « dialectes », est désormais bien connu en ornithologie mais comme cela est fréquent pour tout phénomène que l’on n’appréhende mal tant qu’on ne l’a pas constaté par soi-même, on peut penser que cela est affaire de spécialiste munis de sonographes… Et pourtant, j’ai fini par réaliser récemment que le chant inhabituel que j’avais enregistré en 2004 chez un pinson en Slovénie était non seulement une variante des pays de l’Est (chose que Jean-Louis SICAUD a pu me confirmer par ailleurs) mais également qu’il pouvait s’agir d’un trait commun aux pinsons d’une vaste aire de répartition Sud. Je veux parler de cette note remontante ; un peu « rebiquée » en fin de strophe.
Ci-après, trois chants classiques enregistrés en avril 1996 en Sologne, puis en mai 2002 et un autre en avril 2003 (ces derniers tous deux en Savoie) et enfin, ce fameux “dialecte” à la note “rebiquée”, en mai 2004 en Slovénie (région de Koceska Reka).

Mais que dire de ce chant tout à fait atypique que je remarquais à plusieurs reprises chez un individu cantonné en  mars 2007 puis plus jamais jusqu’à ce que je le reconnaisse ce 11 mai 2009 au matin. Trouver dans la semaine un moment de répis de cette affreuse départementale et voilà enfin l’animal « mis en boîte » depuis mon balcon… Et puis, pfuit ! Disparu à nouveau … pour combien de temps ?
Me voilà donc perplexe : pourrait-il s’agir du même individu réapparu ? Je n’ai pas d’enregistrement de l’individu entendu en 2007 mais il m’est arrivé par le passé de « retrouver » un merle au chant très typé deux ans après. Sa « signature » mélodique ne pouvait pas laisser de doute… Dans ce cas, pourrait-il s’agir d’une aberration dans son apprentissage ? Je note que ce mâle est un adulte et ne pourrait pas être le rejeton d’une première nichée de l’année. Mais ce pinson aurait-il intégré des bribes de chant de verdier (Carduelis chloris) ou de bruant zizi (Emberiza circlus)?
On trouve des mélanges de chants assez étonnants parfois et je pense en particulier à cet article paru chez nos amis allemands : http://biophonie.info/birds/77-corn-bunting-sang-like-a-yellowhammer/ (s’agissant d’un Bruant jaune (Emberiza citrinella) et d’un Bruant proyer (Miliaria calandra)
Alors ?

P.S. : sur le thème de l’apprentissage du chant chez le pinson, voir l’article en pdf sur l’audioblog de Sonatura, dans la rubrique “Bioacoustique” par Maxime METZMACHER et l’article dans le CD SONATURA n° 0, plage n° 40 par Philippe VUILLAUME.

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8 réponses à Variations sur le thème du Pinson (Fringilla coelebs)

  1. Antoine dit :

    Décidemment depuis l’illustre Darwin les pinsons inspirent les naturalistes !
    Fort intéressant d’entendre réunies ces variations et de se questionner sur les hypothèses afférentes..

  2. Philippe dit :

    “Alors ?”
    Fort instructif !

    J’ai pour ma part commencé un autre type de comparaison sur le Pinson des arbres aussi. Avec 10 ans d’enregistrements fait autour de chez moi, je me questionne sur la variation non plus géographique mais temporel du chant. En bref, la “jactance” d’autrefois est-elle la même que la “tchatche” d’aujourd’hui ?

    Affaire à suivre…

  3. Pascaloup dit :

    Pas évident ça, de déceler des variations sur dix années ! … Je suppose qu’elle doivent se confondre avec les variations individuelles.

  4. sicaud dit :

    Je me trouvais ces jours ci en Finlande (Carélie du Nord )
    et j’ai à nouveau enregistré des pinsons des arbres avec leur “clic ” final .
    Il semble donc que ce “parhlange” soit plutot un caractere oriental que lié à la latitude .
    Quelqun l’a-t-il entendu en France ?

  5. Pascaloup dit :

    Euh, oui, comme je le disais, cela semble un caractère du Sud de la France et de l’Est de l’Europe. D’autres témoignages ?

  6. Pascaloup dit :

    De retour en ce début juillet 2009 des Pyrénées, je confirme ce que j’y avais observé déjà : tous les pinsons y appartiennent à cette population à “l’accent pointu” !

  7. Maxime Metzmacher dit :

    Le “clic” final (la dernière note dans l’enregistrement du Pinson de Slovénie) n’est pas un dialecte. Il s’agit d’une note qui ressemble fort au “kit” du Pic épeiche. En Belgique, ce n’est pas une rareté, mais un Pinson qui l’émet au bout d’une (ou parfois plusieurs de ses phrases) ne l’émet pas toujours. Chez certains individus (c’est beaucoup plus rare), elle apparaît dans le chant avant la finale et en plusieurs exemplaires. Elle peut aussi (et c’est peut-être encore plus rare) être associée à un autre note pour former une syllabe “composite”.

    Accent pointu ? La dernière note (pas le kit) aurait-elle tendance à monter en fréquence et se terminer vers 3 ou 4000 Hz ? On trouve en Belgique cette particularité en Basse et Moyenne-Belgique, alors qu’en Haute-Belgique (Ardenne) la finale est plus grave (comme dans le cas du Pinson de Sologne). Entre les deux : une zone de Pinsons “bilingues” (ce n’est pas une blague …belge). Un article a été publié sur le sujet dans la revue Le Gerfaut en 1972.

    Variations au fil du temps ? Des enregistrements réalisés en 1938 en région bruxelloise indiquent que l’accent “pointu” y était déjà présent !
    Mais sur un même territoire, les oiseaux qui se remplacent, peuvent avoir des phrases différentes, mais avec le même type de finale …

    Pinson bizaroïde ? La dernière note de la finale ne semble pas enregistrée avec une intensité suffisante (on la devine plus qu’on ne la voit sur le sonagramme). Un chant de ce type-là entendu en février ou début mars pourrait correspondre à un chant pas tout à fait “cristallisé”.

    Concernant l’apprentissage du chant chez le Pinson, j’avais placé un article en pdf sur l’audioblog de Sonatura, dans la rubrique “Bioacoustique”.

  8. Pascaloup dit :

    Passionnants tes commentaires toujours aussi avisés, Maxime !
    Vraiment, cette question m’intéresse.
    Je tiens à votre disposition un second enregistrement beaucoup plus long et un peu plus net de ce pinson mais je ne l’ai pas mis sur le blog pour des raisons de place. D’autant qu’il est plus utile en format non compressé, ce que ne permet pas le blog.

    Sur le fond, je relève moi aussi la ressemblance avec le Pic épeiche, au point que j’avais cru qu’il s’agissait d’une imitation. Mais je ne vois pas pourquoi tu écartes ici la notion de dialecte pour ces pinsons-là ?
    Pour ta référence, je corrige l’article !

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