Chronique d’été


6 h 30. La nature est réveillée depuis une heure. La lumière entre à flot dans le monde vert de la campagne. Les chants des oiseaux se mêlent en une chorale harmonieuse que seule dérange la course poursuite de chats qui défendent un territoire devenu précieux en cette période de reproduction. Ils courent dans la savane herbeuse, grimpent aux sapins comme des diables aux griffes acérées. Pourvu
qu’un nid ne se trouve pas sur le passage de ces démons velus aux yeux de braise ! Les petits sont là. L’audace des parents ne laisse aucun doute. Les pies, pour les nourrir, n’hésitent plus à venir en terrain découvert picorer une croquette ou deux dans la gamelle du félin pour nourrir sa nichée.

Les grenouilles flegmatiques reposent dans la mare, à l’ombre des jeunes pousses de roseaux. Leur poids infime ne ploie même pas la mousse qui leur sert de couche. Marrons, vertes. Petits, grosses. Elles cohabitent paisiblement, lançant de temps à autre un croassement qui se répond dans le silence matinal. Aujourd’hui, le temps est serein. Dans le ciel, les nuages menaçants font face à un recoin bleu où le soleil tente de s’imposer. Qui l’emportera ?
Lorsque l’orage éclate… ou que les tondeuses font gronder leurs moteurs… les grenouilles se sentent en voix et répondent aux machines, au tonnerre sur un ton virulent qui crie leur joie de participer à une animation sonore impromptue. Voilà qui les change de longues heures silencieuses. Mesdames les carpes ne sont pas les plus volubiles pour leur tenir compagnie.

Tout est vert encore. Trop vert peut-être ? Ici et là, tout de même, quelques taches de couleur. La corolle blanche des arômes se déploie en une belle coupe. Quelques roses parviennent à animer un parterre de rouge vif, de rose délicat. Les coquelicots seuls, enfin sortis de leur hibernation avec quelques semaines de retard, ensanglantent champs et jardins. Après beaucoup d’hésitation, les cerisiers se couvrent de petites taches vermillon qui attirent les oiseaux gourmands. Parme, bleu, jaune, rose des iris, ces fleurs qui aiment tant l’eau ; amour que l’eau leur rend bien ces temps-ci. Pour le reste, il faudra attendre. La nature émerge avec beaucoup de mal d’une saison qui n’en est plus une. Un peu perdues, fleurs et couleurs ne savent plus où donner de la tête. Sommes-nous au printemps ? En été ? En automne ? Faut-il sortir ou rester encore un peu dans le ventre chaud de la terre ?

Je me rappelle d’époques lointaines aux saisons plus marquées. L’hiver se couvrait d’un manteau blanc dès novembre et jusqu’en janvier. Le printemps revêtait ses habits de couleurs dès le mois d’avril. L’été étouffait le monde de ses rayons bienfaisants. L’automne engageait à l’hibernation par ses grisailles et ses brumes dignes des primitifs flamands. Aujourd’hui, il n’y a plus de saisons, comme disaient les anciens. Un automne perpétuel semble installé pour de bon. La flore ne sait plus comment faire. La faune paraît parfois perplexe et hésitante. Est-ce le bon moment ? Peut-être. Peut-être pas.

Je me rappelle d’époques lointaines sans doute révolues. On nous promet un grand bouleversement pour demain. En ce premier jour d’été, en cette matinée qui hésite entre soleil et pluie venteuse, je me pose la question. Ce changement annoncé ne serait-il pas déjà parmi nous ?

Fatima DE CASTRO
Saint-Piat, 22 juin 2013

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