Métamorphoses dans le chant de la Rousserolle verderolle Acrocephalus palustris.

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Pour info : ce document est un “poster numérique” présenté dans le cadre du 31ème Colloque francophone d’ornithologie.
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La Rousserolle verderolle peut imiter les émissions vocales de très nombreuses espèces. Elle est en quelque sorte une spécialiste du « copier-coller ».

Elle peut aussi déformer la dernière note d’un motif « comme pour amener le type suivant » (Lemaire 1974 : 20). Le sonagramme ci-dessous (fig. A) confirme, pour une structure simple, cette dextérité et suggère que cette transformation puisse être, dans certains cas, assez progressive.
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Fig. A – Sonagramme d’un extrait de phrase de Rousserolle verderolle (Acrocephalus palustris). Echelle verticale : fréquence en kilohertz ; échelle horizontale : durée en secondes. Mâle 1 enregistré à Flône (Belgique) le 29 mai 2005.

La séquence suivante (fig. B) révèle une autre facette de ses techniques vocales. La déformation semble apparaître dans une note comportant de nombreux harmoniques (la n° 2 de cet extrait). Elle s’accentue dans la n° 3 et plus encore dans la 4, dont seule la fin rappelle la 3. La transformation est complète dans la note 5, qui ne comporte plus ce dernier vestige.

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Fig. B – Extrait de phrase de Rousserolle verderolle (Acrocephalus palustris). Mâle 2 enregistré à Flône (Belgique) le 29 mai 2005. Légende : voir aussi figure A.

Dans la figure C, c’est la dernière partie de la syllabe qui est en quelque sorte détricotée (voir la dernière note). Dans le figure D, par contre, c’est la première moitié de la syllabe qui est modifiée. Dans ce cas, les transformations du matériau sonore sont aussi très progressives.

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Fig. C – Extrait de phrase de Rousserolle verderolle (Acrocephalus palustris). Mâle 2 enregistré à Flône (Belgique) le 29 mai 2005. Légende : voir aussi figure A.

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Fig. D – Extrait de phrase de Rousserolle verderolle (Acrocephalus palustris). Mâle enregistré à Harchies (Belgique) le 21 mai 1992 (Metzmacher et al. 1993). Légende : voir aussi figure A.

Métamorphose et phénomène « deux voix » ?

La figure E suggère une autre particularité. Le début de la cinquième note rappelle celui de la quatrième, mais la fin est bien différente. Un examen attentif de la sixième note (plus visible sur le sonagramme original …) suggère, en son début, deux tracés superposés, dont le deuxième n’est pas l’harmonique du premier.

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Fig. E – Extrait de phrase de Rousserolle verderolle (Acrocephalus palustris). Mâle 1 enregistré à Flône (Belgique) le 29 mai 2005. Légende : voir aussi figure A.

Le phénomène « deux voix » pourrait bien expliquer ce dernier exemple. Chez les oiseaux, le système phonatoire est double (Nottebohm 1971). Ils peuvent dès lors émettre un son via une des parties de leur syrinx et, en même temps, un autre – non harmonique du premier – via l’autre partie.

Spécificité de ces métamorphoses ?

La Verderolle n’est pas le seul oiseau capable de modifier – progressivement ou non – la structure des sons qu’elle émet. D’autres espèces, pas ou peu imitatrices, comme le Pipit farlouse le font aussi (fig. F).

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Fig. F – Extrait de phrase de Pipit farlouse (Anthus pratensis). Enregistré à Amay (Belgique) le 9 avril 2007. Légende : voir aussi figure A.

En résumé

La Rousserolle verderolle peut déformer les éléments de sa phrase, qu’ils soient de simples notes ou des syllabes plus complexes. Ces métamorphoses peuvent être très progressives. Le procédé utilisé – qui parfois pourrait bien impliquer le phénomène « deux voix » – ne semble pas spécifique. La Verderolle est non seulement une experte du “copier-coller”, mais aussi une spécialiste du “fondu-enchaîné”.

Références bibliographiques

LEMAIRE, F. (1979) : Le chant de la Rousserolle verderolle (Acrocephalus palustris) : étendue du répertoire imitatif, construction rythmique et musicalité. Le Gerfaut 65 : 95-106.

NOTTEBOHM, F . (1971) : Neural lateralization of vocal control in a passerine bird. I. Song. J. Exp. Zool. 177 : 229-261.

Discographie

METZMACHER, M.; CHARRON, F. & VERHAEGEN J.P. (1993) : Nos Virtuoses. Chants d’oiseaux. Etudes et Environnement asbl, Flémalle.

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Une réponse à Métamorphoses dans le chant de la Rousserolle verderolle Acrocephalus palustris.

  1. DHUICQ dit :

    Beau travail Maxime !

    Nous voilà une fois encore avec toi en pleine étude bioacoustique !

    J’ai effectivement relevé à plusieurs reprises ces transitions dans le chant de la Verderolle. Cela lui permet de passer d’une imitation à une autre mais parfois, elle passe sans la moindre transition et c’est là qu’on se fait le plus avoir puisqu’on se met à croire à un vrai geai passant près de là, puis un véritable grillon chantant dans le pré etc…
    Pascaloup
    Quelle farceuse. Je m’y suis intéressé après avoir eu l’occasion d’enregistrer deux mâles en champ / contre-champ (chant / contre-chant devrait-on dire) puis les deux en même temps [voir SONATURA n° 2].
    La richesse des imitations est telle qu’à chaque fois on est surpris. Un des oscines les plus intéressants dans le Paléarctique, à mon sens.

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